Réfléxion

Je photographie régulièrement mes proches, de manière spontanée, et tout ce que je lie de près ou de loin au rideau et au pli. Ma pratique de la photographie est une prise de notes visuel qui constitue un répertoire de formes, d’où naissent parfois des objets.Je signifie ce qui lie et ce qui sépare les individus par l’idée du voilage. Il délimite selon moi une zone de flottement, qui peut être nourrie d’appréhensions conscientes ou pas, de ce qui est mis en réserve ou relâché, protégé ou exposé. Alors souvent je photographie l’individu sans m’attirer l’attention, parfois en me plaçant dos au sujet, un placement qui n’influence pas, pour appréhender son attitude éprouvée dans sa communauté, ou pour être témoin de son regard intériorisé.

L’argentique me permet une contemplation, une lenteur, en même temps qu’une certaine acuité. Cette économie de moyens me pousse à être attentive au moindre instant qu’il m’intéresserait de capturer. Quelque chose peut se mettre en place et s’évanouir d’une seconde à l’autre; j’accepte alors le risque que ce soit parfois insaisissable. Je porte mon attention et donne de l’importance aux imperceptibles, aux impalpables, à ce qui pourrait m’échapper. Choses vites, choses vaines, choses faibles, alors peu signifiantes, voire inutiles, sans valeur, donc fragiles et pleines d’intérêt.