« Ce qui nous traverse »

Un portrait flou et tremblant dans une chambre. Le papier peint détoure la figure, assise sur les draps défaits. Il ne se passe rien en apparence.

C’est une photographie de ma sœur sur son lit, le jour de Noël chez notre grand-mère. Je l’ai prise sans réfléchir, comme la plupart des portraits que je fais. Je tente de saisir de manière instinctive un micro-geste, une micro-expression, un entre-deux. Je m’inspire du silence, des moments « muets » où il ne se passe en fait pas grand chose.

J’aime imaginer un parallèle entre le regard intériorisé, tourné vers soi, et l’environnement autour de la personne, au-dehors de sa propre surface, limite entre nous et le monde, lorsque sa matérialité visible et tangible ne fait précisément pas événement.

Je projette dans ce portrait absorbé notre relation à nous-même, en même temps que l’événement intérieur qui nous relierait en fait tous.

Mais de notre intériorité, qu’est-ce l’on décide de montrer et qu’est-ce qui nous échappe ?