À propos About


Prendre appui et donner matière à l’en creux, à ce qui manque et ce qui fait défaut. Contourner, chercher l’image de ce qui lie et de ce qui sépare, trouver une certaine épaisseur entre les choses, une zone de flottement.

Je dessine comme on murmure à l’oreille, comme on tisse une trame.
Inspiré de l’intériorité, mon travail guette le non-dit, ce qui est mis en réserve ou relâché, protégé ou exposé. Cet intérêt découle de la relation que j’entretiens avec les autres notamment à travers la photographie. Par la présence implicite de l’appareil, je prête une attention particulière aux comportements inhibés et aux distances. De cette expérience et de ces notes visuelles naît un besoin de reporter ce que je vis dans le dessin et la sculpture.

Le talent et l’histoire de Vivian Maier, nourrice et photographe de rue amatrice, m’ont particulièrement marqués en ce sens étant donné sa vision, sa production passée sous silence de son vivant, comme refoulée, et son jeu de présence et d’absence dans ses autoportraits.


Virginia Woolf illustre dans son essai Une chambre à soi, ou Un lieu à soi (A Room of One’s Own, 1929) la préservation du lien entre l’espace physique et intérieur par une bulle protectrice qui nous invite à écouter ce qui frémit en nous.

C’est ainsi que je me retrouve face à A Dialogue with Solitude, un ensemble de photographies de Dave Heath qui saisit le regard absent d’individus dans l’espace public. Ces portraits montrent la profondeur que l’on a tous en commun, révélée par le regard absorbé, bien que celui-ci soit impénétrable.


Dans la sculpture et le dessin, je choisis mon matériau en ayant à l’esprit ses propriétés intrinsèques et sa provenance. Le processus et le rapport à la matière périssable dans l’œuvre d’Eva Hesse y sont pour beaucoup.

Sensible au cycle de vie des matériaux, je récupère du papier pour le réutiliser en dessin et conçois également mes propres supports recyclés à partir de mes documents personnels voués au rebut. Potentiellement chargés d’un passé, ils accompagnent l’idée d’une histoire latente. C’est pourquoi l’approche de Rachel Whiteread sur la mémoire par l’empreinte résonne pour moi, comme le besoin obsessionnel d’accumulation et de conservation chez Vivian Maier.