À propos About

Prendre appui et donner matière à l’en creux, à ce qui manque et ce qui fait défaut. Contourner, chercher l’image de ce qui lie et de ce qui sépare, trouver une certaine épaisseur entre les choses, une zone de flottement.

Je dessine comme on murmure à l’oreille, comme on tisse une trame.
Inspiré de l’intériorité, mon travail guette le regard absent, le non-dit, ce qui est mis en réserve ou relâché, protégé ou exposé. Cet intérêt découle de la relation que j’entretiens avec les autres à travers la photographie. Par la présence implicite de l’appareil, je prête une attention particulière aux comportements refoulés et aux distances. De cette expérience et de ces notes visuelles naît un besoin de reporter ce que je vis dans le dessin et la sculpture.

Je choisis mon matériau en ayant à l’esprit ses fonctions et ses propriétés intrinsèques. Animée par une préoccupation écologique et environnementale, je dessine sur du papier récupéré et conçois également mes propres supports recyclés à partir de mes documents personnels voués au rebut. Potentiellement chargés d’un passé, ils accompagnent l’idée d’une histoire latente.

Les artistes Eva Hesse et Rachel Whiteread constituent le seuil de mes références. L’approche de Whiteread au regard de l’empreinte et du recouvrement, ainsi que le processus et le rapport à la matière périssable dans l’œuvre de Hesse, ont participé à étayer le début de ma réflexion.

Au cours de mes recherches relatives au mémoire, le regard de Vivian Maier, nourrice et photographe de rue amatrice, m’a particulièrement touchée. Son œuvre seule autant que son histoire personnelle m’intéressent étant donné sa production passée sous silence de son vivant et son besoin obsessionnel d’accumulation et de conservation.

À l’occasion d’un séminaire du BAL à l’EHESS en 2017, « L’Image événement intérieur », j’ai découvert les portraits de Dave Heath, A Dialogue with Solitude. Cet ensemble de photographies montre le regard absent des individus dans l’espace public, révélant une vulnérabilité commune.

Dans l’essai Une chambre à soi, ou Un lieu à soi (A Room of One’s Own, 1929), Virginia Woolf évoque l’espace physique lié à l’espace intérieur, une bulle protectrice qui nous invite à écouter ce qui frémit en nous.